Rencontre internationale du Dessin de Presse

Ce weekend du 11, 12-13 septembre se déroulait au Mémorial de Caen une rencontre avec 35 dessinateurs de presse de tout horizon : France, Usa, Colombie, Pays-Bas, Suisse, Iran etc… Cette 5éme édition est particulière puisqu’elle fut reportée suite aux événements du 7 janvier en France contre Charlie Hebdo et du 14 février à Copenhague. Les personnes voulant participer devaient s’inscrire en amont et présenter une carte d’identité sur place. Les dessinateurs ne pouvaient pas sortir du bâtiment. Parler de la liberté d’expression mais sous surveillance policière, où va le monde ?

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  • Peut-on vivre du Dessin de Presse ?

La fin de la conférence sur Siné-mensuel finit sur ce débat. Peu de dessinateurs arrivent à vivre seulement de leurs dessins. La plupart d’entre eux ne possèdent pas de cartes de presse même si les dessinateurs sur place pensent faire le même travail qu’un journaliste : le traitement de l’actualité. Malheureusement, beaucoup de cartoonists sont dépendants de leurs éditeurs ou de leurs rédacteurs en chef : certains de leurs dessins sont refusés, ils doivent traiter une certaine actualité et ne trouvent pas leurs places ou leurs public dans le format papier. Albaih, originaire du Soudan, explique qu’après plusieurs refus d’éditeurs, ils avait réussi à trouver son public sur internet mais ne pouvait pas vivre de cela n’ayant pas de contrats particuliers.

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  • Le Web, ami ou ennemi du dessinateur ?

Le web peut être l’ami du dessinateur. Il peut lui permettre une réelle liberté d’expression sans la censure d’un rédacteur ou d’un éditeur. A contrario, le web peut être l’ennemi. Alex, dessinateur suisse, explique que lorsque qu’il avait présenté un dessin montrant Mahomet séparant l’eau de la piscine en deux ( la municipalité avait décidé de créer des plages horaires à la piscine pour les différentes communautés ), ce dessin s’adressait à la population locale qui connaissait les faits et qui était concernée. Grâce ou à cause d’internet, ce dessin fut relayé, détourné, repris par différents groupes aux idées extrémistes. Alex reçut alors menaces de morts, etc… Elvestuen fait remarquer que les dessins représentant Mahomet étaient sorti en 2005 mais la véritable implosion fut en 2006 ce qui donna la « guerre des dessins » qui toucha d’abord le Danemark puis les pays nordiques. S’en suivit les incendies des ambassades en Iran et en Syrie. Les dessinateurs, alors plus ou moins en marge du journalisme, se trouvèrent alors au cœur de tout.

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Fresque des dessinateurs en hommage aux disparus du 7 janvier

  • Qu’est ce qu’un bon dessin ? Peut-on tout dessiner ?

Est ce un bon dessin ? il n’y a pas de réelles réponses. Au final on se rends compte que pour qu’un dessin soit bon, il faut la plupart du temps regarder ce dessin intelligemment. Trop de critères rentrent en compte et au final on se rends compte qu’un dessin n’est pas pour tout le monde. Non pas qu’il faut faire parti d’une certaine élite, mais le dessin s’adressera à une population locale, un certain pays, une certaine ethnie etc… Un dessin japonais ne fera peut-être pas sourire un sénégalais. Le dessin est une affaire de tradition : un français trouvera les dessins américains trop prudes, inversement un américain peut trouver les dessins français tel que ceux de Charlie Hebdo trop obscènes. Il faut savoir, comme l’explique le dessinateur Kazanevsky, que la caricature du pouvoir et de la religion existent depuis l’antiquité mais qu’aujourd’hui le message peut-être très rapidement relayé et déformé. Un dessinateur ne dessinera jamais le Christ, Moïses, ou encore Mahomet pour blesser une communauté particulière, « Trop de provocation nuira au dessin, ce ne sera jamais un bon dessin » dit alors Fink. Un dessinateur traitera une actualité, il cherchera à faire réfléchir et à faire resurgir de bonnes ou de mauvaises réactions. « Un bon dessin doit faire débat » ( Alex )  mais ne prônera jamais la violence.

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 » Un dessin qui vaut la mort vaut-il la peine d’être dessiné ». Le 7 janvier a t-il changé  la façon de dessiner ?

Cette question fut présente tout au long de cette rencontre. Les dessinateurs ne sont pas tout à fait d’accord. Alex, tout comme Batti, raconte qu’après le 7 janvier ce fut forcement le choc et l’émotion. Mais pour lui, « ce serait une défaite de changer sa façon de dessiner ». Elvestuen, lui ne dessinera jamais Mahomet car pour lui les conséquences pourraient être trop graves. Cela doit être le choix personnel du dessinateur car si on décide d’interdire un thème, où s’arrêterons-nous ? Ce sera la fin de la liberté d’expression. Albaih exprime aussi ses difficultés en étant dessinateur originaire du monde arabe. En tant que musulman, il affirme qu’il a pu parfois être blessé ou choqué par certains dessins, mais alors que nous nous interrogeons sur la possibilité ou non de dessiner tel sujet, lui, tient à signaler que certains se battent pour seulement s’exprimer tout court. Les dessins sont parfois manipulés par un certain pouvoir ou par des extrémistes pour pouvoir attiser la haine alors qu’un bon dessin ne demandera jamais de passer à la violence. Les cas où cela est notable sont lors de propagandes d’états totalitaires ou de groupes de pensées extrêmes. Le dessin fut depuis toujours sous les cribles des critiques et des attaques. Ann Telnaes, explique qu’après les événements du 11 septembre, il était très difficile pour un cartoonist americain de critiquer le gouvernement Bush. Un dessin sera toujours un bon dessin si il est drôle, quoi qu’en pensent les gouvernements et les autres.

A coté des débats : 

Tout au long de cette manifestation, les différents dessinateurs participeront à la création d’une fresque en mémoire de Charlie hebdo. Celle-ci sera exposé à Bayeux.

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Berth

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Kianoush

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Berth, Ballouhey, Kap & Favelis, Kianoush

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Osama Hajjaj

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V. Kazanevsky, Fink, Shilov, Hajjaj

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Elchicotriste, Shilov, Lounis

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Elchicotriste

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Nardi

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Rousso

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Lounis

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Kazanevsky

Notons aussi la conférence très émouvante de Moussef Ben Moussa, conservateur en chef du Musée National du Bardo de Tunis. Il rappellera le devoir de mémoire des différents événements malheureux mais il lancera aussi un message d’espoir pour que l’humanité ne se laisse pas abattre.

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J’en ressors au final avec cette conclusion qui est la mienne : un dessin n’est pas qu’un dessin. Le lecteur, celui qui se trouve devant l’oeuvre, tout comme devant un article, doit se poser des questions. Qui ? Pourquoi ? Où ? Il ne faut pas se faire manipuler par les personnes qui à posteriori utilisent ces dessins à mauvais escients dans des contextes difficiles. N’oublions pas que les médias télévisuels ont beaucoup joués à la mondialisation de certains dessins et donc à l’instrumentalisation de ceux-ci pour alimenter les conflits existants pour la quête du sensationnalisme et du buzz.

Voici aussi ma maigre contribution, mon dessin qui résume mon sentiment : « Si vous ne pouvez éliminer l’injustice alors racontez-là à tous »

Vive la liberté d’expression.

 

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FREEDOM OF SPEECH

Mélanie

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