Dernier chapitre de notre carnet de voyage à Esfahan avec cette fois-ci la visite de Chehel Sotoun, les “quarante colonnes”. Avant ça, nous avons fait la belle place Naqsh-e Jahan en long et en travers avec ses mosquées et son bazar. Mais maintenant c’est bientôt l’heure du départ.

Avant Chehel Sotoun : livres et Hasht Behesht

Dernier petit-déjeuner frugal à l’hôtel Kowsar, nous nous mettons en route direction Chehel Sotoun. Nous commençons par faire un détour par la zone commerciale en face de l’hotel Abbasi où l’on trouve divers boutiques et surtout des librairies. J’adore les beaux exemplaires de leurs livres de poésies.

Après le Shahnameh de Ferdowsi et le Divan de Hafez, je recherchais le Divan de Shams-e Tabrizi, un grand mystique persan. Je le trouve mais abîmé, déception. Mais je ne sors pas de cette boutique sans un joli coffret en bois où sont rangées des cartes spéciales. Sur celle-ci, de jolies dessins représentant des mystiques, des guerriers, des penseurs et des femmes, sur l’envers se trouvent des extraits du Divan d’Hafez. Ce sont des cartes pour prédire l’avenir. Une tradition veut que l’on ouvre le livre de Hafez au hasard et les vers qui se trouvent sur la page choisie doivent prédire notre avenir. Normalement, on peut trouver dans la rues des hommes avec des petite perruche et c’est celle-ci qui choisit la carte à votre place, mais je n’en trouve jamais.

Nous tombons aussi sur une boutique de miniatures persanes où une femme est en train de peindre. Les peintures sont magnifiques, je craque pour l’une d’entre elles, et j’ai toujours le chic de tomber amoureuse de l’objet de plus cher de tous les magasins. Je renonce, ou tout mon budget vacance y passera.

Nous reprenons la route et passons par le parc de Hasht Behesht, palais des “huit jardins du  paradis”. Magnifique jardin ! Tu verras que les iraniens adorent les parcs, il y en a partout et si il n’y a pas d’espaces disponibles, ce sont les allées et les rond-points qui sont arborés. Nous ne rentrons pas à l’intérieur de l’édifice, celui-ci étant lui-aussi en rénovation.

Chehel Sotoun

Nous arrivons enfin à Chehel Sotoun. Après avoir payé les droits d’entrée, … ah mais oui j’ai oublié de parler des tarifs ! La plupart des monuments coûtent plus cher à visiter pour les touristes que pour les iraniens : 3000 tomans pour les iraniens et 30 000 tomans pour les étrangers.

Chehel Sotoun ! Le parc est tout simplement splendide, il fait déjà une bonne trentaine de degrés. Il est agréable de se promener le long du bassin en regardant les étudiantes en art croquées l’édifice.

Chehel Sotoun “quarante colonnes” n’en possède en réalité que vingt, mais si on compte le reflet du palais dans le bassin, nous obtenons donc bien les quarante ! Ce bâtiment possède un grand talar ( portique ) qui nous fait penser au palais Ali Qapu. Celui-ci s’ouvre ensuite sur une grande salle d’audience qui elle donne l’accès à quelques petites pièces. L’entrée dans la salle principale est couverte de miroirs, ce renfoncement dans le mur était destiné à accueillir le trône.

 Ce palais est vraiment magnifique de l’extérieur, mais l’intérieur est encore plus surprenant. Les murs sont couverts de peintures représentant certains moments de la vie des Shahs d’Iran : bataille de Kandahar par Shah Abbas II, Shah Ismaïl contre les ottomans, mais aussi de scènes galantes et de banquets. C’est à ce moment qu’on se pose la question : dans un pays où la femme doit porter un foulard pour “cacher” ses cheveux et porter un manteau pour ne pas qu’on devine les contours des hanches etc… Quel fut la réflexion des mollah devant ces peintures ? Femmes dont on devine la poitrine, banquets où l’on danse et boit du vin disposé dans de belles carafes. C’est étonnant de trouver ce genre de peintures en accès libre dans un pays où tout cela est interdit. Est ce que la culture et le patrimoine l’aurait emporté contre la conviction religieuse des mollahs ? Surement et tant mieux car c’est un plaisir des yeux !

Chehel Sotoun
Chehel Sotoun

Promenade, préparation et retour à Tabriz

Nous continuons ensuite à errer dans les rues espérant atteindre la mosquée du Vendredi qui apparemment est elle-aussi un chef d’oeuvre d’architecture, mais un habitant nous informe qu’elle se trouve encore très très loin à pied. Tant pis, nous n’aurons pas perdu notre temps car nous tombons sur la boutique d’”Antique Gaz”, où l’on peut acheter du Sohan et des Gaz, une sorte de nougat mou à la pistache et à l’eau de rose, ma sucrerie favorite ! Tu peux en trouver en sachet individuelle mais la vrai boite de gazgaz ardi, est composée donc de ces sucreries entourées de farine pour éviter qu’elles ne se collent entre elles. Je te déconseille de ramener celle-ci pour éviter des problèmes au niveau des douanes ( Hum c’est quoi cette poudre blanche ?! ).

Le sohan est une sorte de caramel comme une nougatine couverte d’amande et de pistache qu’on trouve principalement à Qom.

Après quelques achats de friandises, ainsi que de quoi manger le soir ( du pain, de la charcuterie et une “délicieuse” bière sans alcool goût tropical, beurk ), nous préparons notre valise pour le retour avec à l’intérieur de l’artisanat : objets en faïence peinte en bleu, nappe peinte à la main, un sac au même motif; des sucreries tel que gaz et sohan ainsi que pleins de photos et de vidéos.

Je passerai le passage où mon beau papa se trompe d’horaire pour l’avion. Heureusement que j’ai vérifié sinon nous serions restés quelques jours de plus et nous aurions loupé notre avion pour le retour en France.

Nous arrivons à l’aéroport d’Esfahan et nous remontons dans un petit avion comme à notre arrivée ! J’espère que cette fois-ci le vol se passera calmement… Et bien non, nous sommes en Iran et ici il se passe toujours des choses incroyables. J’avais bien remarqué que nous étions les seuls “étrangers” à bord de cet avion, et j’ai bien vu aussi que le steward était bien intéressé par ma belle maman, qui se lève pour lui parler à sa demande. “-Bah, elle va où ma mère ?”

“- Ta mère ? Ah, elle se fait draguouiller par le steward !”

” – Quoi ?”

Après avoir placé dans la conversation qu’elle voyageait en compagnie de son fils, sa belle fille et de son mari, et après avoir refusé les plateaux repas en trop qu’il voulait nous offrir, ce fut le début d’un énorme quiproquo. Cet iranien marié à une française, ce ne serait pas un diplomate ? Le steward va à l’avant de l’avion, parle à la porte du cockpit, revient, nous demande de nous lever. Tous les passagers nous regardent, moment gênant. Et c’est à ce moment là, que ma belle maman et moi nous sommes invitées à rentrer dans le cockpit en compagnie du pilote et du copilote sous les yeux fiers du steward content de lui, de l’homme baraqué de la sécurité et des hôtesses de l’air.

Concrètement, on ne voit rien, le ciel étant couvert de nuages. Mon stress aéronautique m’a légèrement empêché de profiter de ce moment. J’avais tellement envie de dire au copilote : ” Mais arrête de me parler, regarde la route !” Retour à nos places devant tous les passagers murmurant à notre passage. Des situations comme cela, je ne les vis que là-bas. On arrive à Tabriz, le soleil d’Ispahan laisse place à la pluie du nord. On y retourne quand ?

Esfahan mes impressions

Ne connaissant que Tabriz, je ne peux faire que peu de comparaison mais je peux tout de même dire qu’Esfahan a un patrimoine culturel incroyable. Malgré le temps qui passe, les édifices sont d’une beauté sans nom. La ville elle-même parait moins riche que Tabriz : les boutiques sont moins chic, les gens sont moins extravagants dans leurs allures.

Esfahan est encore très traditionnel même si le manteau ici aussi est devenu bien court et bien cintré, ses murs portent bien plus d’images de martyres et d’images de guerre. Nous avons croisé pas mal de touristes : néerlandais, quelques américains en voyage organisé et énormément de belges. Ceux-ci surtout les femmes n’avaient pas forcément de manteaux mais plus souvent de longues tuniques ou des chemises d’homme et n’ont pas l’air d’avoir été embêtées pour cela. Pas toujours facile de trouver de quoi s’habiller avant le départ et si l’Iran veut renouer avec les touristes ils doivent lâcher un peu de leste.

Et si on retournait à Esfahan

J’adorerais retourner à Esfahan tout comme ailleurs en Iran. Jamais je n’ai revécu de voyages comme celui-ci. J’ai encore envie de me balader dans les bazars, de boire un bon thé et de me promener dans les jardins persans. Un jour, peut-être.

Chehel Sotoun

2 Comments

  1. Effectivement c’est assez “marrant” ses peintures où on voit vraiment le corps de la femme! Mais il aurait été dommage de cacher ses belles peintures!
    Et quelle chance d’avoir pu accédé au cockpit!! Enfin quand on a peur de l’avion je ne sais pas trop comment on le vit 😉

  2. tout comme moi 🙂 pas parler Farsi ( quoique mon accent est excellent pour les qq phrases que je maîtrise) lorsque de l’achat des billets.. ( je fait trés iranien/ oriental = origine Espagnol Ca aide !)Gaz Antique.. ab-é-jo ( gout citron j’adore !) et les merveilleux parcs d’Esfahan ! ( sauf que moi j’ai Préféré le Bus pour flâner cette année.. c’est plus sympa)
    tu as encore de beau voyages en “perse”pectives ! ( chiraz Kerman Mashad abianeh Hamadan ) tu va en avoir des choses a montrer … (vite avant que les touristes n’arrivent…)

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