L’une des fêtes les plus importantes en Iran est Norouz, le nouvel an persan. Si vous allez dans ce pays lors de ces préparatifs, cet article est pour vous. Qu’est ce que Norouz ? Comment cela se déroule ?

Le jour de l’an perse se nomme Norouz (نوروز)‎. Il se déroule chaque année entre le 19 mars et le 22 mars. Pourquoi la date n’est pas précise comme nous et notre 1 janvier ? La nouvelle année perse se déroule pile au moment de l’équinoxe du printemps. On fête donc le passage à la nouvelle année ce jour-là, à une heure et une minute précise. En 2019, Norouz se déroulait le 20 mars à 22h58 (heure française). Là, ça va mais certaines années, c’était à 3h du matin. Première fois que je mettais un réveil pour une coupe de champagne.

Cette fête est bien plus qu’un simple nouvel an : c’est aussi une célébration de la nature. Fini le froid et les ténèbres de l’hiver, le soleil reprend ses droits, la nature se réveille, reprend vie et se renouvelle. C’est une fête laïque (pas spécialement appréciée par le régime islamique) pour beaucoup d’iraniens mais c’est un jour saint pour les zoroastriens.

Les origines du nouvel an persan

Le Zoroastrisme est une des toutes premières religions monothéistes qui vient de l’Iran ancien. Le Dieu de cette religion est Ahura Mazdâ, créateur du Ciel et de la Terre. Ahura Mazdâ est le dieu du Bien et Ahriman, le dieu du Mal. Dans le zoroastrisme, l’un des plus forts symbole est le feu et qu’est ce qui représente le mieux le feu sur cette terre si ce n’est le soleil et sa chaleur ?

Il existe aussi différentes références à de mythes fondateurs de cette fête. Selon le Shahnameh de Ferdowsi, ce serait le Roi Jamshid qui aurait crée cette fête pour sauver son peuple du froid de l’hiver… Des fêtes semblables se déroulaient aussi à Babylone ou encore à Persépolis. C’est dire si ce moment existe depuis longtemps et à quel point les iraniens sont attachés à cette tradition. D’ailleurs, quelques soient les invasions qui se sont déroulées sur le pays, le peuple d’Iran a toujours tenté de préserver Norouz.

Norouz ne se déroule pas qu’en Iran. On retrouve cette tradition dans de nombreux pays et son nom peut avoir quelques variantes comme en Ouzbékistan (Navruz), en Afghanistan ( interdite sous le régime taliban), en Azerbaïdjan (Navruz), en Chine dans la région Ouïghoure, en Géorgie pour la communauté azérie, en Inde par les communautés Parsi zoroastrienne, par les kurdes, en Turquie, au Kazakhstan, au Kirghizistan, au Tadjikistan, et bien sur par toutes la diaspora iranienne à travers le monde.

Norouz en Iran : Shaharshambe Soori

Shaharshambeh Soori, qu’on appelle aussi la fête du feu, est célébré dans la nuit du mardi, veille du dernier mercredi avant Norouz, depuis plus de 1700 ans avant JC. Les gens se retrouvent en famille ou entre amis dans les rues et les parcs pour célébrer ensemble. Pétards et feux d’artifices détonent à chaque coins de rues et des feux de joie sont allumés sur les routes ou dans les jardins. La tradition veut qu’on saute par dessus ces feux en fredonnant une phrase “زردی من از تو، سرخی تو از من” ( Zardi-ye man az to, Sorkhi-ye to az man). Littéralement, cela veut dire “Je te donne mon jaune, tu me donnes ton rouge”. En gros, on souhaite que le passage au dessus du feu éloigne la maladie et les problèmes et que cela apporte en échange vie et bonne santé.

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En Azerbaïdjan, ces soirées festives commencent un mois avant Norouz car chaque mardi avant la date fatidique, on fête les quatre éléments de la vie selon le zoroastrisme : le feu, l’eau, la terre et le vent.

La Table des “Haft Sin” : l’élément indispensable de Norouz en Iran

Selon la tradition, toutes les familles doivent préparer la table des “Haft Sin“, les “Sept S”. Cette table est donc composée de 7 éléments commençant par la lettre “S” en persan et chaque élément a sa symbolique :

  • sabzi : germes de blé ou de lentilles (la renaissance)
  • sir : ail (la médecine)
  • sib : pomme (la beauté et la santé)
  • somaq : sumac (la couleur rouge du soleil et du feu)
  • serkeh : vinaigre (la patience)
  • sonbol : jacinthe (l’arrivée du printemps, le renouveau de la nature)
  • sekkeh : pièces de monnaie (la prospérité)

On trouve aussi d’autres éléments comme une montre, des œufs peints, des bougies, un miroir, un poisson rouge, le Divan du poète Hafez (ou encore l’Avesta et le Coran). Chaque famille a ses propres traditions et apporte un soin tout particulier à l’élaboration de cette table. Personnellement, j’adore ce moment. J’essaye, chaque année, de me surpasser pour que cette table soit magnifique. Chaque jour, je veille à arroser les Sabzi jusqu’au jour de Norouz pour que les pousses de blés soient bien hautes et bien vertes. C’est toute une organisation.

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Le jour de Norouz

On passe le plus souvent le jour de Norouz en famille. On sert traditionnellement un plat bien particulier : Sabzi Polo Mahi, du poisson avec du riz cuit à l’iranienne et parsemé d’herbes. Certains chantent des chansons traditionnelles et d’autres dansent sur les derniers hits des stars de Tehrangeles. Là aussi, chaque famille a ses propres coutumes, sa propre façon de passer ce moment ensemble.

Autres traditions durant Norouz

  • Le nettoyage de la maison : à l’époque de Norouz, c’est le grand remue-ménage dans les maisons. Les lieux de vie doivent être propres pour la nouvelle année qui arrive. On achète aussi de nouveaux draps, de nouveaux rideaux, on fleurit son intérieur,… Ce grand nettoyage a aussi une version symbolique, comme une purification de l’endroit et de l’esprit. Cette tradition se fait le plus souvent en famille même si cela se perd un peu.
  • Haji Firouz et Amoo Norouz : vous rencontrerez surement ces deux personnages dans les rues et les bazars. Amoo Norouz (Oncle Norouz) avec sa barbe blanche, peut faire penser à notre Père Noël occidentale car lui aussi offre des cadeaux aux enfants. Haji Firuz, lui a le visage et les mains couverts de charbon et de suies. Il joue du tambourin et chantent dans la rue pour attiser la fête.
  • Les cadeaux pour tous : il est habituel d’offrir des cadeaux aux membres de sa famille pour Norouz. Selon les régions, les cadeaux offerts ne sont pas les mêmes mais celui qu’on retrouve le plus souvent et de plus en plus, c’est le billet de banque. Les iraniens vont alors à la banque demander de jolies billets neufs, jamais servis, pour pouvoir les offrir.
  • Les visites : En Iran, de Norouz à Sizdah Bedar, la tradition veut qu’on visite chaque membre de la famille et je peux vous dire que cela peut prendre énormément de temps. De plus, on a tendance à tous aller voir la même personne au même moment, ce qui fait qu’on passe pratiquement une semaine à manger tous ensemble tous les jours. Selon l’usage, c’est aux plus jeunes d’aller rendre visite aux plus âgés en marque de respect et de bienveillance.

Sizdah Bedar

Le treizième jour après Norouz, les iraniens fetent Sizdah Bedar (“Treizième dehors”). On passe alors la journée en famille ou entre amis, encore une fois. On trouve un petit lopin de terre et on pique nique tous ensemble. Si vous allez en Iran à cette période, vous verrez que certains trouvent des lieux insolites comme par exemple les centres des rond-points. C’est sur qu’en France, on trouverait cela un peu bizarre. On a aussi pour coutume de jeter les Sabzi dans un cour d’eau. En Iran, les jours entre Norouz et Sizdah Bedar sont une période de vacances pour permettre aux gens de se retrouver. Attention, si vous voyager dans cette période, les transports en commun entre les villes peuvent être plus bondés qu’à l’accoutumé et beaucoup de magasins peuvent être fermés.

Voici ce que je peux vous dire sur le nouvel an persan. Malheureusement, je n’ai jamais eu l’occasion de passer personnellement Norouz en Iran mais j’apprécie tout de même cette fête en étant en France entouré de ma belle famille iranienne.

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