Première visite à Fès entre médina, artisanat et bons choix
Fès pour une première visite : médina, artisanat et repères pratiques : conseils utiles, rythme de visite et repères pratiques pour préparer votre voyage.
Fès déroute. Pas de manière inconfortable, mais de façon suffisamment réelle pour que le voyageur qui débarque sans repères perde plusieurs heures à tourner en rond dans la médina avant de comprendre sa logique. Ce guide existe pour éviter ça.
Ce que Fès a de différent
Marrakech est spectaculaire et très balisée. Fès est plus dense, plus opaque, et souvent plus authentique. La médina de Fès el-Bali est l’une des plus grandes médinas médiévales encore habitées au monde. Elle fonctionne comme une ville à part entière : ruelles à usage unique, quartiers spécialisés par métier, fontaines, medersa, ateliers. On ne la lit pas comme une carte touristique classique.
Ce qui frappe, c’est l’épaisseur. Les voyageurs qui arrivent avec une liste de "spots à voir" repartent souvent frustrés ou passés à côté de l’essentiel. Ceux qui acceptent de se perdre un peu, d’entrer dans une boutique sans obligation d’acheter, de s’asseoir au bord d’une ruelle pour observer, repartent avec quelque chose d’autre.
Fès convient bien aux voyageurs curieux qui supportent l’imprévu, aux amateurs d’histoire et d’artisanat, et à ceux qui cherchent une expérience marocaine moins formatée que Marrakech. Elle convient moins aux profils qui ont besoin de contrôle et d’efficacité à chaque étape.
Comment organiser son temps dans la médina
Trois jours sont un minimum raisonnable pour une première visite. Deux jours suffisent si on accepte de n’en voir qu’une partie. Plus d’une semaine sans raison précise risque de sembler long pour un premier séjour.
La médina se visite à pied, sans exception. Les ruelles sont trop étroites pour tout véhicule, à part les mules et quelques charrettes. Il faut des chaussures adaptées à une longue marche sur pavés inégaux.
Un parcours raisonnable sur deux journées :
Le premier jour, partir de la place Rcif ou de la porte Bab Bou Jeloud et avancer vers le cœur de la médina en suivant les axes principaux, sans chercher à tout voir. La Medersa Bou Inania mérite une pause. Le quartier des tanneurs – les célèbres tanneries Chouara – se voit de plusieurs terrasses situées autour, souvent sans obligation d’achat. L’odeur est forte. Prévoir d’y aller le matin, quand la lumière est bonne et l’activité visible.
Le deuxième jour, sortir des axes touristiques. Explorer le quartier des potiers, les souks par métier (ferronniers, tisserands, menuisiers), et longer les remparts en fin d’après-midi. La Medersa Bou Inania et la Medersa el-Attarine valent toutes les deux le détour pour leurs décors en stuc et en zellij.
Fès Jdid, la ville nouvelle mérinide adjacente, abrite le quartier juif historique (le Mellah) et les jardins du Palais Royal, visibles depuis l’extérieur. C’est un complément utile, pas un passage obligatoire.
Ce qu’on mange à Fès
La cuisine de Fès a une réputation sérieuse au Maroc. On la considère souvent comme l’une des plus élaborées du pays, avec des plats longs, mijotés, assaisonnés avec précision.
La pastilla au pigeon reste la référence locale : une tourte feuilletée sucrée-salée qui prend du temps à faire et qui se trouve dans certains restaurants de la médina. Méfiance envers les versions trop rapides ou trop standardisées.
Le rfissa, plat de poulet mijoté sur des crêpes déchirées avec du fenugrec, est moins connu des touristes et plus ancré dans la cuisine domestique. Difficile à trouver en restaurant, mais possible.
Le couscous du vendredi, les tajines à la viande confite, le méchoui dans certains fnaa (places ouvertes) : Fès offre matière à manger sérieusement sans jamais forcer le folklore.
Pour les pauses légères : les boulangeries de quartier vendent du pain chaud à toute heure, et les petits cafés à l’intérieur de la médina servent un thé à la menthe correct à moindre coût. Éviter les terrasses trop exposées aux flux touristiques, qui pratiquent souvent des prix sans rapport avec la qualité.
Repères pratiques
La saison. Le printemps (mars à mai) et l’automne (septembre à novembre) sont les périodes les plus agréables. L’été à Fès peut être très chaud à l’intérieur de la médina, où la chaleur reste emprisonnée entre les murs. L’hiver est doux en journée mais peut être frais le soir.
Arriver et se déplacer. Fès dispose d’un aéroport avec des liaisons directes depuis plusieurs villes européennes. Le train relie Casablanca et Rabat à Fès en quelques heures, option confortable et fiable. À l’intérieur de la ville, les taxis sont nombreux et peu chers pour rejoindre la médina depuis la ville nouvelle (Ville Nouvelle ou Fès el-Bali selon où on loge). Les petits taxis ne circulent pas dans la médina elle-même.
L’hébergement. Loger dans un riad à l’intérieur de la médina est une expérience à part entière : cours intérieures, silence relatif malgré l’activité extérieure, petit-déjeuner inclus souvent. Le revers : les valises à roulettes ne passent pas partout, et certaines adresses sont difficiles à trouver même avec GPS. Prévoir de se faire accueillir à l’entrée de la médina ou de partager sa localisation avec le riad en avance.
Budget. Fès est moins chère que Marrakech pour les niveaux équivalents de confort. La médina reste accessible pour manger et dormir convenablement sans dépenser beaucoup. Les prix dans les souks sont négociables, sauf dans les boutiques affichant clairement des prix fixes.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Suivre un guide non sollicité. Dès l’entrée de la médina, des jeunes hommes proposent de vous guider. Le risque n’est pas énorme, mais il n’est pas nul : la plupart mènent vers des boutiques partenaires avant tout. Si vous souhaitez un guide, réservez-en un officiel via votre riad ou via les offices de tourisme.
Sous-estimer la chaleur et la fatigue physique. Une matinée dans la médina représente facilement six à huit kilomètres à pied dans des ruelles étroites. Prévoir de l’eau, s’arrêter, ne pas programmer trop de visites sur une seule journée.
Vouloir tout voir. La médina de Fès el-Bali compte des milliers de ruelles. Un premier séjour ne peut en couvrir qu’une partie. Accepter cette limite améliore réellement la qualité du voyage.
Photographier sans demander. Dans les quartiers artisanaux, dans les ruelles habitées, certaines personnes n’apprécient pas d’être photographiées sans accord. Un geste ou un mot suffisent souvent à clarifier la situation.
Questions fréquentes
Fès est-elle sûre pour voyager seul ? Oui, dans l’ensemble. Comme dans toute grande médina, la vigilance reste de mise pour les affaires personnelles et face aux approches insistantes. Rester dans les zones fréquentées en soirée et faire confiance à son riad pour les conseils locaux.
Faut-il parler arabe ou français ? Le français fonctionne bien à Fès. L’anglais est compris dans les zones touristiques, moins dans les quartiers résidentiels. Quelques mots d’arabe dialectal (darija) sont toujours bien accueillis.
Peut-on visiter les mosquées ? La grande majorité des mosquées sont fermées aux non-musulmans au Maroc. La Medersa Bou Inania est une exception notable : elle intègre une mosquée accessible. Les autres medersas (collèges coraniques restaurés) sont visitables.
Combien de temps prévoir ? Trois jours pour une première visite sérieuse. Deux jours si l’objectif est une introduction. Cinq jours si on veut aussi explorer les environs (Meknès, Volubilis sont à moins de deux heures).
Pour qui Fès vaut vraiment le détour
Fès n’est pas une ville qui cherche à plaire immédiatement. Elle demande un peu d’effort et récompense ceux qui acceptent de ralentir. Les amateurs d’artisanat trouveront des choses rares, souvent encore faites à la main. Les curieux de cuisine marocaine sérieuse y mangeront mieux que dans beaucoup d’autres villes du pays.
Ce n’est pas la ville la plus simple pour un premier séjour au Maroc. Mais c’est souvent celle dont on parle encore longtemps après être rentré.